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De Philippe Aïni, on connaissait surtout les corps et les visages. Et voilà qu’il se lance dans
l'arboriculture. A l'occasion de la dernière édition de
Viva Cité, il a
livré à Sotteville quelques espèces uniques et rarissimes comme "Le peuple-y-est", "L'arbre-oiseau",
"Le faiseur de larmes" ou "l'écorché", sans oublier son fameux "Arbre à seins", muni d'étranges
tubercules roses qu’il n’est pas utile de décrire.
Reconnu comme un phénomène de l'art brut et un personnage truculent, Philippe Aïni s’est pris, au
cours des derniers mois, d’une rare affection pour les arbres, ces créatures qui ne demandent qu’à respirer en paix.

Idée ludique et quelque peu loufoque de faire "pousser"
d’étranges essences au cœur même de son atelier d’Oissel.
L’armature de ces arbres est en acier inoxydable que l’artiste recouvre de tissu ignifugé. Il n’oublie pas non plus son vieux
slogan : "la bourre, pas la guerre !" dépiautant de vieux matelas pour en transformer le contenu
en oeuvres d’art pour le grand air. Après ses robes très érotiques Aïni
a fait naître un véritable petit parc composé d'espèces aussi fantasques qu’inattendues, comme le "goutte à goutte"
autrement dénommé "arbre à nichons" (sic), "l’arbre chewinggum" (interdit de séjour dans les écoles sauf
dans celle où Aïni à élu domicile), "l'échorche", un géant de 6 mètres de haut, "le baobarbre",
"la mangrove" et toutes sortes d’hybrides où jambes, bras et têtes remplacent les branches traditionnelles.
Les "médecins" les plus farfelus n’y avaient même pas pensé. Quelle attraction aurait-ce été pour les parcs de loisirs
des mégapoles tentaculaires ?
Toujours aussi provocateur, mais avec, reconnaissons-le, un grand sens imaginatif, Aïni décoiffe une
fois de plus le visiteur, tentant de le faire réfléchir aux vaines entreprises humaines. Après le Luxembourg, Paris et la Belgique, on
l’attend à Prague et en Alabama, dans le "deep south". Peut-être pourrait-il y planter un
"arbre de la paix" tout chargé de fruits noirs et blancs?
Par Luis Porquet
Dans "Affiches de Normandie" du 13 juillet 2005
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