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.../... Quand se produit quelque chose d'étrange : une toile... occultée, sortie
de la réserve, vient aussitôt fixer cette
agitation où nous nous dispersons, et elle représente... un totem. Ou
plutôt un faîte de totem. Homme ou femme , on
ne sait pas. De la frénésie à l'état brut électrise une
nudité qui occupe tout l'espace, un corps
blême, souffrant, boursouflé, et qui se débat, contre quelle menace ? Ou
alors serait-ce une pure transe sauvage, le
plaisir extasié de se tenir aux limites extrêmes du déséquilibre ultime ?

Un styliste barbare, vous dis-je.
Les bras décharnés, démesurément allongés, projetés à l'avant, à l'arrière du corps, et qui longent, épousent
et redoublent - repoussent les limites du cadre, le préservant seul
dirait-on, d'un basculement dans le plasma uniquement rouge du fond. Sauf sous
ses pieds, jaune-vert, le cercle d'une plate-forme étroite, en haut du mât où
gigote cet acrobate exaspéré. Les yeux fixes virevoltent, la bouche sèche
grimace, le tronc se déhanche, se cambre, se creuse, se démultiplie, dans
autant de positions successives... qui pourtant, au bout d'un moment, semblent se
juxtaposer, s'équilibrer, pour donner une manière de stabilité à la toile,
et faire entendre... un silence - oui, par-delà cette frénésie, il émane un
silence étrange de ce funambule sauvage... nous l'emportons sous notre bras,
pas même enveloppé, comme des voleurs, troublés. Au-dehors, dans la nuit, tombe une petite pluie fine...
"Contorsionnisation", peint en 1982,
vient de trouver acquéreur, à la fin de l'année 2000.
Fabienne & Paul Giro,
Collectionneurs. |